Un autre regard #8 : Se reposer pour guérir vraiment…

01 Avr Un autre regard #8 : Se reposer pour guérir vraiment…

Pendant mon enfance et mon adolescence, j’ai connu de nombreuses périodes de maladie. À chaque fois, le même rituel se mettait en place. Mes parents appelaient le médecin de famille qui se précipitait à mon chevet pour m’ausculter, m’examiner, prendre ma température, mesurer mon pouls, écouter le souffle de ma respiration, palper mes viscères…

Presque toujours, la visite se terminait par une prescription (antibiotiques, sirops, médicaments) et par la même recommandation : « Surtout du repos, mon ami ! »

À partir de là, je passais de longues heures à lire ou à dormir, en attendant que les remèdes salvateurs fassent leur effet. Je pensais, à cette époque, que seuls les médicaments pouvaient me venir en aide, et que la recommandation de rester couché ne trouvait son sens que pour leur donner le temps d’agir.

Quarante ans plus tard, je constate que de plus en plus de patients sont devenus… impatients ! « Docteur, je suis malade. Guérissez-moi vite, et donnez-moi aussi quelque chose pour que je puisse retourner au travail aussitôt que possible. Je n’ai pas le temps d’être malade, moi » est une demande que beaucoup de médecins reçoivent dans leur cabinet aujourd’hui… C’est ainsi qu’aux remèdes prescrits vient s’ajouter souvent un supplément vitaminé, un remède pour stimuler, pour booster, pour « réénergiser » notre organisme le mieux et le plus vite possible… Même ceux qui se soignent par les approches naturelles tombent souvent dans ce piège de la performance. À l’expérience, je suis convaincu que cette tendance ne relève ni du progrès, ni du bon sens. Pire, elle constitue probablement une des attitudes les plus contraires aux besoins de notre corps.

LES MÉCANISMES DE L’HOMÉOSTASIE

Pour comprendre mon propos, retournons à la physiologie du corps. Depuis le début de cette rubrique, je vous parle de santé et de maladie en termes d’équilibre et de déséquilibre. Souvenez-vous, dans le numéro 1 de cette série « Un autre regard », je vous proposais cette image de la maison comme représentation allégorique du corps. Lorsqu’il accumule ses poubelles, notre corps s’éloigne de l’équilibre, son stress intérieur augmente, et aucun symptôme n’est visible. Par contre, lorsqu’il se débarrasse de ses poubelles, son stress diminue et tous les symptômes morbides apparaissent : fièvre, éruptions, écoulements, etc.

En médecine chinoise, la phase où le corps s’éloigne de l’équilibre, accumule du stress et n’exprime aucun symptôme est nommée la phase froide de la maladie. Celle où le corps revient vers l’équilibre en lâchant le stress et en sortant ses poubelles est appelée la phase chaude de la maladie. Cette observation faite par les Chinois depuis plus de 2.500 ans, la physiologie moderne la redécouvre progressivement depuis un peu plus d’un siècle, sans pour autant en exploiter toutes les possibilités. Claude Bernard (1813-1878), le fondateur de la médecine expérimentale, avait défini l’homéostasie comme « la capacité d’un système à conserver son équilibre de fonctionnement en dépit des contraintes extérieures ». Mais les mécanismes impliqués étaient, à l’époque, très difficiles à déterminer. C’est en 1903 que John N. Langley (1852-1925) introduit la notion de système nerveux autonome pour décrire la composante du système nerveux en charge de notre homéostasie. Il le qualifie d’autonome simplement parce que cette partie du système échappe complètement à notre volonté consciente.

Sans entrer dans des détails qui dépasseraient de loin le cadre de cette rubrique, retenons que le système nerveux autonome se compose de deux sous-systèmes : le système sympathique (parfois appelé orthosympathique) et le système parasympathique (aussi appelé système vagal). Le système sympathique, c’est en quelque sorte la pédale d’accélérateur de notre corps ; le système parasympathique, c’est la pédale de frein. En effet, pour assurer son équilibre et sa survie, le corps a besoin à certains moments d’accélérer certaines fonctions tandis qu’à d’autres moments, il a besoin de les freiner. Par contre, il existe une loi biologique d’alternance qui règle le ballet entre les deux pans : quand le système sympathique est activé, le système vagal est inhibé et inversement. Pas question donc, pour le corps, d’accélérer et de freiner en même temps.

DEUX PHASES ANTAGONISTES ET COMPLÉMENTAIRES AU SERVICE DE NOTRE ÉQUILIBRE

Pour mieux comprendre, observons la nature. Si un animal est confronté à un prédateur ou à un danger extérieur, il doit être très performant pour assurer sa survie, soit en luttant, soit en fuyant. Pour ce faire, son système sympathique se charge de dilater ses artères coronaires et musculaires, d’accélérer ses battements cardiaques et de dilater ses bronches pour apporter aux muscles un maximum de puissance. Des hormones comme l’adrénaline et le cortisol créent un état de stress aigu nécessaire pour aider l’animal à faire face. Par ailleurs, toutes les fonctions non nécessaires à cette lutte pour la survie vont être bloquées temporairement, pour concentrer toute l’énergie disponible vers les organes impliqués dans la lutte et dans la fuite  : sa digestion se ralentit, son tractus intestinal s’arrête, la surface de sa peau se refroidit… On comprend d’ailleurs mieux pourquoi les Chinois qualifient cette phase sympathicotonique de phase froide.

Autrement dit, tant que le danger n’est pas écarté, notre corps reste en surrégime. Tant que le « problème » n’est pas résolu, pas question de dormir, de s’alourdir en mangeant, de sortir nos poubelles ou de perdre de l’énergie en chauffant la périphérie du corps…

Par contre, une fois le danger écarté, une fois le problème résolu, le système nerveux autonome active immédiatement son autre composante, le système parasympathique. Dès cet instant, le cœur ralentit, les artères coronaires et musculaires se contractent et l’acétylcholine prend le relais de l’adrénaline et du cortisol. Pour retrouver complètement l’équilibre, les sécrétions du système digestif reprennent, le tractus intestinal se remet en route, et une sensation de chaleur intense se manifeste à la surface du corps. Cette phase parasympathicotonique correspond à ce que les Chinois appelaient la phase chaude. C’est à ce moment-là que se manifeste en nous le besoin de nous reposer, de récupérer, de dormir. Après le combat, il est nécessaire que le guerrier se repose.

LA RAISON D’ÊTRE DE LA FATIGUE ET DU REPOS

Dans ses travaux, le docteur Hamer a donné une place centrale à ces notions de sympathicotonie et de parasympathicotonie (qu’il nomme vagotonie, parce que c’est le nerf vague qui est impliqué dans la régulation végétative de cette phase). Pour lui, c’est à partir d’un choc brutal que tout notre corps se met en stress. C’est pendant cette phase que se développent silencieusement nos maladies, nos tumeurs, nos pathologies. Et à part le stress ressenti, la perte de sommeil et d’appétit, aucun signe ne peut nous alerter de l’éloignement de notre équilibre. Contrairement aux animaux, cette phase de sympathicotonie peut durer des semaines, des mois ou des années. Une fois que nous trouvons enfin une solution, notre corps bascule instantanément en phase de vagotonie, avec tout son cortège de symptômes tels que je les ai décrits plus haut.

Cette deuxième phase a pour objectif la récupération, la régénération, la réparation, le rééquilibrage. Pour atteindre cet objectif, une condition absolument nécessaire s’impose : SE REPOSER. Sans aucun compromis. Faire ce que tous les animaux sauvages font lorsqu’ils ont combattu ou lorsqu’ils ont été blessés : se coucher dans une tanière ou dans un fourré, et attendre patiemment que les lésions se réparent. Si nous ne faisons pas cela, si nous voulons continuer à travailler, à créer, à faire du sport, à être en activité, sans le vouloir et sans le savoir, nous stimulons à nouveau le système sympathique. Et par conséquent, nous bloquons notre système parasympathique, empêchant par là même tout processus de guérison de s’accomplir…

Finalement, mon vieux médecin de famille avait bien raison à l’époque en me conseillant le repos ! Saurons-nous nous inspirer de cette sagesse que les animaux sauvages n’ont pas perdue ? Et comment mettre en œuvre les conditions favorables à ce repos régénérateur : c’est ce que nous verrons dans le prochain article.

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7 Commentaires
  • Claire
    Publié le 11:34h, 02 janvier Répondre

    Le repos fait partie de l’homéostasie, mais qui l’accepte aujourd’hui?
    Aujourd’hui, c’est la course au toujours plus, c’est tout.
    Notre ressenti et nos besoins ne doivent être écoutés faute de sortir des sentiers battus.
    Belle route et bon repos dans l’acceptation.

  • beatrice
    Publié le 10:25h, 22 août Répondre

    bonjour jean jacques,je me suis guérie d’une sep en aout2012.s’en est suivi une très longue période de ‘rien faire’,puis maintenant de sommeil intense.moi qui ai passe la 1ere moitie de ma vie a travailler intensément, j’ai l’impression d’être devenue une belle « fainéante ».tant pis, j’ASSUME puisque je me régénère. heureusement que mon Ostéo préférée m’a rassurée quand j’étais dans le doute!belle experience,mais notre vie moderne nous eloigne de la sagesse. je vous precise que je suis infirmière .merci a vous

  • Marie
    Publié le 02:56h, 07 août Répondre

    J’ai vécu en mode « lapin sauvage » cad « ne dormir que d’un oeil « pendant 13 ans. Toujours en mode survie avec un mari cyclothymique. Ses troubles de l’humeur étaient tels que je surveillais son moindre changement, sa voix, ses attitudes, ses maux. Ce qui déclenchait celà ? au début c’étaient les factures et les problèmes avec sa mère. Ensuite c’étaient mes périodes de chômage, ou quand je travaillais je ne passais plus de vacances avec lui, bref, tout était une raison pour justifier ses colères et sa violence sur notre fille.
    Une fois quitté cet homme, j’ai dormi des mois entiers plus de 15h par jour, la méditation m’a sauvé, j’en ai fait de très longues, plus de 7h à visualiser la cicatrisation de mon corps…Pleurer à seaux, j’ai eu deux années très difficiles pour lacher prise. Cette année ce sont les colères que je lache, et je commence à couper tous les liens toxiques qui persistent, les autres sont partis d’eux-mêmes.
    Aujourd’hui je commence juste à émerger, je reprends petit à petit goût à la vie, et c’est fragile encore. Il y a des moments où je baisse les bras car mon corps ne suit pas la vigueur de mon esprit, c’est pas évident. Je ne regrette pas le passé, car je ne pouvais faire autrement car très mal entourée et mal conseillée, là j’ai appris ce qu’était le force de l’esprit sur la matière. C’est puissant, c’est la survie de notre être.
    Le temps de nettoyer nos corps du passé, des chocs émotionnels, ça n’a pas de prix. Celà fait 4 ans que je fais ce travail en profondeur avec les mémoires familiales..je ne compte pas vivre de ma retraite, mais au moins, j’aurai un esprit sain dans un corps sain et c’est le seul but que j’ai avec celui d’accompagner ma fille dans la vie. Revenir à l’essentiel.

  • sylvianeblanche taillard
    Publié le 15:22h, 10 juin Répondre

    merci du coeur vous êtes la première clé de la guérison:aider chacun à entrer en conscience dans la guérison,et ne plus culpabiliser dans la mal a die !!!!c’est tellement important de comprendre ce qui se passe…..dans une société où il reste peu de place pour l’Humain,c’est merveilleux de trouver un endroit où l’on peut dire J’AI MAL,ou je ne peux pas……vous m’avez aidée à entrer dans la conscience de ma douleur post-traumatique,non reconnue dans notre société!!!! merci pour le cadeau que vous êtes qt tous ces cadeaux,liés au partage Blanche

  • Genevieve
    Publié le 11:38h, 01 mars Répondre

    Bonjour Jean-Jacques,

    Heureuse de lire le concept que je mets en application depuis 2 semaines. Suite à une intervention chirurgicale sous anesthésie générale, le système médical me retournait au boulot 3 jours plus tard, ce que j’ai fait. J’étais effectivement en mesure d’effectuer mes tâches mais avec des problèmes respiratoires, des douleurs à mes blessures internes qui tentaient de guérir, une concentration défaillante et une grande fatigue. J’ai dû me justifier en retournant voir mon médecin afin d’étirer mon congé de maladie. Sans parler de la culpabilité qui m’accompagnait face à mon employeur.

    Les deux journées passées au boulot entre mes deux congés me firent prendre conscience d’une triste réalité. Fâchée de ce constat que nous ne puissions respecter nos besoins émotifs et physiques personnels en priorisant ceux définis par une société déconnectée de ses racines.

    De mon côté, je voulais simplement prendre le temps de guérir en respectant le rythme de mon corps ! Concept que l’on a effectivement relégué aux oubliettes dans notre société de productivité extrême. Je savais que, si je reprenais le rythme rapide du metro-boulot-dodo, mon corps prendrait plus de temps à guérir.

    Voilà ! Ce congé m’est des plus bénéfiques et je suis heureuse de m’être respectée malgré la rigidité du moule existant.

    Merci de ces écrits inspirants.

    Geneviève

  • Sofia
    Publié le 03:30h, 04 février Répondre

    Cher Jean-Jacques,

    Un grand merci pour cet article. Cela me fait énormément de bien de lire ceci car je suis en phase repos depuis 2 ou 3 ans après des années d’effort intense qui se terminent par l’acceptation et le deuil. Je culpabilisais un peu pour ça car je suis normalement une personne très active et d’habitude très enthousiaste. En lisant votre article, j’ai vraiment senti que j’étais dans cette phase de récupération que vous décrivez et que je n’avais pas à m’en vouloir pour ça.
    Mille mercis.

  • Viviane Vandenberg
    Publié le 02:47h, 04 février Répondre

    Merci Jean-Jacques pour cette précieuse connaissance vulgarisée d’une manière si pédagogique 🙂
    Je diffuse à mon tour sur mes propres réseaux. Viviane

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