Doute #12 : La certitude absolue guérit-elle absolument ?

01 Mai Doute #12 : La certitude absolue guérit-elle absolument ?

Le présent article est le douzième et dernier de la série consacrée au doute. À cette occasion, j’avais envie de vous faire une confidence. La raison pour laquelle je me suis embarqué dans cette série d’articles, c’est parce que les paroles de Claude Sabbah ont résonné pendant très longtemps dans ma tête. Lorsqu’il nous enseignait la Biologie Totale des Êtres Vivants, il nous martelait sans cesse que c’était la « certitude absolue de guérison » qui représentait notre seule planche de salut ! Il insistait même en s’appuyant sur une propriété particulière d’une fonction mathématique, à savoir : la fonction partie entière. En effet, en mathématique, la fonction partie entière d’un nombre x (qui se note E(x) ou [x]) est, comme son nom l’indique, les chiffres qui se trouvent à gauche de la virgule. Par exemple, E(23,56) = 23.

Pour Claude Sabbah, si on n’est certain de sa guérison qu’à 50 %, le cerveau l’interprète comme le doute absolu (puisque E(0,50) = 0). Si on n’est certain qu’à 99 %, le cerveau l’interprète également comme le doute absolu (puisque E(0,99) = 0). « Si vous avez le moindre doute au sujet de votre guérison, disait-il, vous ne guérirez pas ! »

L’IMPOSSIBILITÉ DE NE PAS DOUTER

Cette affirmation qui se présentait comme la pierre angulaire de la Biologie Totale, condition indispensable pour faire « basculer le cerveau », m’a toujours laissé pour le moins dubitatif… En effet, la psychologie humaine n’est vraiment pas réductible à une fonction mathématique aussi triviale. Surtout que tout le monde sait que l’immense majorité de ce qui nous fait agir échappe totalement à notre conscience. Je me plais à dire que plus de 99 % de ce qui me fait agir, penser, ressentir, parler est issu de mon inconscient, de mon subconscient et de ma supra-conscience. Pourtant, cela fait plus de trente ans que je « travaille » sur moi, cela fait plus de trente ans que je m’investis dans des thérapies, dans des formations, dans de très nombreuses lectures consacrées à la psychologie des profondeurs.

Malgré tout ce cheminement, malgré l’écoute de mes rêves, malgré mes séances d’analyse junguienne bimensuelles, je suis surpris, à chaque instant de ma vie, de ces mouvements intérieurs que je n’identifie pas et qui me font agir, bouger et être… La seule chose que j’ai gagnée, en plus de trente ans de cheminement de croissance individuelle, c’est ma capacité à reconnaître et accepter ce qui me fait être. Sans pour autant le nommer.

Alors, dans ces conditions, comment pourrais-je exiger de moi de ne pas douter ? Comment pourrais-je me bâtir une certitude absolue de quoi que ce soit ? Oui, je peux essayer d’être certain consciemment. Mais comment pourrais-je l’être inconsciemment, puisque je n’y ai pas accès ? Remarquez d’ailleurs, que cette critique vaut également pour toutes les approches de visualisation et de pensée positive que l’on présente, à tort et à travers, comme LA clé de la guérison du cancer ou d’autres maladies graves. Imaginer un instant que notre petite conscience limitée pourrait provoquer l’inversion d’un processus morbide ou cancéreux relève de la même attitude que de croire encore au Père Noël.

LES EFFETS DÉLÉTÈRES DE LA CERTITUDE ABSOLUE

Friedrich Nietzsche, un de mes philosophes préférés, disait : « Ce n’est pas le doute, mais la certitude, qui rend fou »… Dans le domaine de la maladie, chercher à se construire coûte que coûte une certitude absolue peut avoir des conséquences absolument désastreuses, pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, vouloir à tout prix accéder à 100 % de certitude crée, à l’intérieur de l’individu qui veut absolument guérir, un très grand stress ! En effet, la crainte de ne pas atteindre cette perfection (99 % n’étant pas suffisants), la pression qu’on se met pour y arriver malgré tout vont immanquablement nous plonger dans un sur-stress qui ne fera qu’amplifier la gravité de notre état de santé.

Ensuite, ce sur-stress va créer un état de blocage à l’intérieur de nous, empêchant définitivement les forces d’auto-guérison d’œuvrer au service de notre rééquilibrage. Autrement dit, nous perdons cette fluidité et cette souplesse tellement nécessaires au recouvrement de notre santé.

Enfin, et ce n’est pas des moindres, lorsque nous constatons que tous nos efforts pour « faire basculer le cerveau » ont échoué, nous plongeons en plus dans un stress d’auto-dévalorisation. Combien de personnes malades ai-je croisées dans un désarroi total, parce qu’elles avaient acheté cette notion de certitude absolue ? Non seulement, elles constataient qu’elles ne guérissaient absolument pas (pire, leur état s’était dégradé encore plus rapidement), mais en plus, elles étaient renvoyées à leur incapacité à croire en leur guérison. La dévalorisation faisant le nid de la culpabilité, de l’impuissance et de l’effondrement existentiel !

CHOISIR L’ACCEPTATION, LA CONFIANCE, LA FLUIDITÉ ET LA PAIX

Si je me fonde sur mon expérience personnelle en matière d’auto-guérison, si je regarde autour de moi ceux et celles qui ont guéri de maladies réputées incurables ou difficiles à guérir, je me rends compte que ce n’est ni la certitude absolue, ni le doute absolu qui ont contribué à la guérison. Selon mes modestes observations, mais aussi, selon mes lectures nombreuses et diverses, quatre facteurs psychologiques vont favoriser le réveil des forces d’auto-guérison que nous portons tous en nous.

Le premier facteur est l’acceptation. Accepter ce qui est, accepter le fait que nous sommes malade, accepter d’entendre les symptômes du corps qui crie et qui souffre. Accepter n’a rien à voir avec une attitude fataliste ou défaitiste. Accepter, c’est choisir de ne pas lutter CONTRE la maladie et les symptômes. C’est choisir d’accueillir la réalité telle qu’elle est ! Sinon, en luttant contre, on ne fait que renforcer l’intensité de ce qu’on voudrait voir disparaître. Comme je le répète souvent à mes étudiants : « tout ce à quoi je résiste persiste et s’amplifie ! » Bien entendu, l’acceptation n’est qu’une attitude intérieure, et elle ne nous dispense pas de poser des actes pour prendre notre santé en main. Mais cette attitude est fondamentale pour augmenter nos chances de rétablissement.

Le deuxième facteur est la confiance. Avoir simplement confiance dans le potentiel de guérison de notre propre corps, en se souvenant que toutes les blessures, toutes les fractures que nous avons subies ont cicatrisé toutes seules. Cela fait des millions d’années que le corps est capable de se réparer tout seul (dans la plupart des cas), pourquoi aurait-on perdu cette capacité tout à coup ? La confiance dans son médecin ou dans son thérapeute est un élément essentiel également, les études le prouvent. C’est un des facteurs essentiels qui augmente l’effet Placebo ! Il a même été démontré que les patients qui sont persuadés que la chimiothérapie leur fera du bien passent beaucoup mieux au travers de ce traitement lourd que ceux qui pensent le contraire. Ce qui amène au troisième facteur.

Le troisième facteur est la fluidité. Pour que notre corps retrouve sa capacité d’auto-guérison, notre énergie vitale doit se remettre à circuler. Et pour qu’elle circule, il faut qu’il n’y ait plus d’obstacles, qu’ils soient physiques ou psychiques. Or, pour moi, il est impossible de dissocier la partie matérielle de la partie immatérielle de notre réalité. Pour moi, le corps et la psyché sont les deux faces d’une même pièce. C’est pour cela que j’ai toujours conseillé à mes étudiants de pratiquer des mouvements doux et fluides (comme la danse, la marche, le vélo, la natation, mais sans jamais forcer !) et de garder leur esprit ouvert… On est très loin de cette pression pour atteindre à tout prix la certitude absolue de guérison et pour lutter de toutes ses forces contre la maladie ! Comme je le dis souvent : « pour favoriser le réveil des forces d’auto-guérison en nous, voyons ce que nous devons arrêter de faire et qui empêche de guérir, plutôt que de chercher ce que nous devons absolument faire ! » Notre corps (qui inclut notre inconscient et qui pourrait même être considéré comme notre inconscient) sait mieux que notre petit moi conscient ce dont nous avons besoin pour retrouver notre équilibre ! Alors, cultivons allègrement la fluidité et faisons confiance au corps…

Le quatrième facteur est la paix. J’aurais pu dire aussi la sérénité, la joie, la légèreté. Ayant renoncé à lutter contre, faisant confiance non seulement dans notre corps mais aussi dans notre thérapeute, cultivant la fluidité, il nous reste à nous abandonner dans les bras de la Vie. Un peu à la manière de Jésus-Christ sur la croix, qui disait : « Père, entre tes mains, je remets mon Esprit ». Ces dernières années, mon père m’a montré une dimension de lui qui m’avait toujours échappé. Lorsqu’il vit des problèmes relationnels ou de santé, quelle que soit la gravité de la situation, ses remèdes préférés s’appellent Gaston Lagaffe (il possède toute la collection des BD), San Antonio (ces romans policiers complètement déjantés) et Philippe Bouvart. Pour lui, se marrer (comme il dit), c’est son remède contre toutes les « emmerdes ». On est loin de la certitude absolue de guérison. Rien n’est garanti, rien n’est travaillé en thérapie, et pourtant, ça semble marcher !

Quelle plus belle conclusion à cette série d’articles que de vous laisser sur une note de paix ? Car, le doute systématique auquel je vous ai invités, depuis plus d’un an, ne doit, en aucun cas, devenir source de torture d’un esprit tourmenté… Je vous ai invités, simplement, à un questionnement sain et une ouverture simple sur le fait que, dans la Vie, nous n’avons qu’une seule certitude : celle que nous allons mourir. Pour le reste, continuons de reconnaître que le doute fera toujours partie intégrante de notre Vie. Et probablement, nous vivrons mieux !

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5 Commentaires
  • pierre
    Publié le 02:28h, 07 mars Répondre

    Bonjours,
    je voudrais peut-être rajouter une petite précision qui remettrais en cause un petit peu ce que tu as dit sut la certitude absolu. En fait je connais deux personnes qui ont guérit de cancer par la certitude absolu. Ou du moins c’est ce qui me semble puisque les personnes se disaient a elles-même, catégoriquement , au moment de leur maladie , qu’elle n’allaient pas mourir. Une fois j’ai vu a la télévision aussi un enfant qui avait une maladie grave et qui s’en était sortis pour les même raisons. Il ne pensait tout simplement pas qui allait peut-être mourir , il était sûr de lui qu’il allait vivre .
    Il y a aussi certains enseignements spirituels qui préconisent une confiance total en la guérison.

    En fait selon moi, le problème n’est pas la certitude absolu, mais comme tu la dit plus haut, c’est la lutte « contre » quelque chose …..
    Ce sont des attitudes intérieure subtiles . Si quelqu’un a une certitude absolu mais qu’il est en train , de manière absolu , de lutter contre sa maladie et les mécanisme de son corps, alors il se sabote lui-même….
    Ce n’est pas évident justement parce que ce sont des « états d’être  » subtile, qu’il est facile de passé a côté .
    Le mot « confiance » devrait peut être remplacer le mot « certitude » . Le mot confiance renvoie déjà plus a une fluidité et une acceptation de ce qui est, comme il est conseiller dans l’article.

    Voilà , il me semble , selon les informations que j’ai , qu’il est possible d’être dans une certaine certitude quand à sa guérison mais une certitude « saine » qui serait peut-être plus de la confiance.

  • esperanza.joelle
    Publié le 12:25h, 09 février Répondre

    Allez j’ose me lancer Jean-Jacques 🙂 voilà une lueur d’espoir nait en moi depuis que je vous lis, depuis que j’écoute vos vidéos..vous me faites un bien terrible. je suis en train de prendre conscience de mon corps que j’avais occulté..comme vous l’avez dis, la ré.incarnation..pour commencer..voilà je voulais vous remercier.je débute..j’apprends à écouter..il serait peut-être temps pour moi de m’eveiller vraiment à la vie…je n’éprouvais plus rien..et là j’éprouve de l’interêt oui, c’est le mot..ce que vous dites m’interesse, me captive..me redonne l’espoir.. l’espoir de vieillir en paix..en pleine conscience..je n’en peux plus de vivre dans le malheur et la souffrance..la peur de la mort..la peur de la vie..merci Jean-Jacques pour votre immense générosité..

  • Dominique
    Publié le 14:08h, 10 décembre Répondre

    C’est vrai que la confiance et l’acceptation sont de grands piliers de la guérison, la paix et la fluidité, je maîtrise moins 😉
    J’ai vécu plusieurs interventions chirurgicales qui étaient, selon moi, bénignes mais indispensables et l’absence de souffrance et l’évolution très rapide de mes cicatrisations ont surpris même mes chirurgiens.
    Peut-être ces interventions n’auraient-elles pas été nécessaires si j’avais eu une meilleure confiance en ma capacité de guérison naturelle… je ne saurais le dire. Je sais que des personnes ayant subies les mêmes interventions ont beaucoup souffert et on même failli en mourir…
    Cette inégalité devant la maladie est bien issue de quelque chose de plus profond et subtil. Avoir une meilleure conscience de soi et du sens de nos maux est un élément essentiel. Mais généralement je ne le découvre qu’a posteriori.
    Je souris souvent de ma pseudo-hypocondrie qui n’est autre qu’un appel à une plus grande attention sur moi-même…
    Je ne désespère pas.

  • dempass
    Publié le 07:25h, 15 septembre Répondre

    Bonjour Jean Jacques, je ne sais que quoi dire! Il est vrai que c’est 4 éléments sont indispensables.J’ai moi aussi traversé une période de troubles,ça à été brutal…enfin,j’ai toujours voulu écrire sur cette expérience qui a changé ma vie.En vain, il faut s’autoriser à se réaliser ,par la méthode des petits pas…et se répéter les choses essentielles qui ont permis de tout accepter…ça me fait penser à Victor Frankl. Il faut avoir suffisamment confiance,dans ces situations, avons nous réellement le choix? Se rappeler cette extraordinaire force et faiblesse à la fois et reconnaître qu’après cela,tout ce que l’on peut en dire est de la rationalisation,..

  • anne
    Publié le 08:00h, 30 mai Répondre

    Bonjour Jean- Jacques
    Que dire de nouveau de tes messages….fluidité, don, partage, intelligence du coeur, douceur, unité…..que du bonheur à te lire et à t’écouter…..
    Bises

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