Doute #11 : Faut-il douter des thérapeutes ou des thérapies « parallèles » ?

01 Avr Doute #11 : Faut-il douter des thérapeutes ou des thérapies « parallèles » ?

Déçues par les performances de la médecine conventionnelle, de plus en plus de personnes malades se tournent vers les médecines dites « parallèles » ? Alors qu’elles se sont montrées très critiques à l’égard des postulats et des pratiques de la médecine classique, paradoxalement, il semble que le qualificatif de « parallèles », d’« alternatives » ou de « non conventionnelles » leur fait perdre tout discernement et tout sens critique à l’égard de ces démarches… Pourtant, douter des thérapies et des thérapeutes parallèles me semble plus que nécessaire également. À condition, bien entendu, de savoir sur quoi poser notre regard critique…

TROIS PROBLÈMES ÉPISTÉMOLOGIQUES

Premier problème : le terme « parallèle » n’est pas pertinent ! En effet, la notion même de « parallèle » signifie, implicitement, qu’on accepte comme point de référence ou comme étalon de mesure la médecine conventionnelle (qu’on appelle aussi — et à tort — la médecine classique ou la médecine scientifique). Or, est-il nécessaire de rappeler que « notre » médecine occidentale, fondée sur les postulats pasteuriens, scientistes et matérialiste, est pratiquement la plus jeune de toutes les médecines ? L’acupuncture et la Médecine Chinoise Traditionnelle reposent sur une tradition de plus de 5.000 ans, la médecine ayurvédique remonte à plus de quatre millénaires, l’homéopathie est née il y a 220 ans, l’ostéopathie a été fondée en 1874… Et c’est sans compter les innombrables médecines traditionnelles exercées par des hommes-médecines et des femmes-médecines ! Personnellement, j’ai toujours trouvé très choquant que la plus jeune des médecines s’impose comme LA référence centrale, alors qu’elle est la plus récente, la plus agressive à l’égard de l’humain et la plus contraire aux lois biologiques naturelles…

Deuxième problème : toutes les thérapies parallèles ne sont pas équivalentes ! En acceptant de qualifier de « parallèle » TOUT ce qui n’entre pas dans la ligne de la médecine moderne conventionnelle, on accepte de mettre dans le même sac des médecines qui ont fait leurs preuves depuis très longtemps et des approches farfelues sorties du délire de quelques illuminés autoproclamés « thérapeutes », « chamanes » ou « guérisseurs »… Dans de telles conditions, il est pratiquement impossible de mener sérieusement une critique épistémologique des médecines parallèles de manière générale ! Le doute et le discernement devront s’appliquer à chaque approche particulière, pour pouvoir tirer des conclusions utiles aux usagers de chacune d’elles. Bien entendu, remarquons que mettre toutes les thérapies parallèles dans le même sac est une excellente stratégie pour discréditer les approches sérieuses et éprouvées. En démontrant le caractère stupide de certaines approches particulières, il est aisé de conclure que TOUTES les approches parallèles sont inefficaces, inopérantes et dangereuses. C’est le piège dans lequel j’éviterai de tomber dans mes prochains articles…

Troisième problème : les praticiens « alternatifs » n’ont pas tous les mêmes compétences ! Ce qu’il faut accorder au cursus conventionnel, c’est que tous les médecins, sans exception, ont fait des études universitaires pendant plusieurs années, ont fait des travaux pratiques, ont fait des stages supervisés et ont passé des examens. Autrement dit, la médecine conventionnelle est un corpus de connaissances et de pratiques « relativement » cohérent sur le plan international et la formation de base des médecins est « relativement » identique d’un bout à l’autre de la planète. Il est donc plus aisé de mener une réflexion critique à propos des pratiques médicales traditionnelles en visant le contenu des enseignements, des postulats et des approches. C’est ce que j’ai fait dans mes articles précédents : jamais, je ne m’attaque aux médecins en tant qu’individus, mais plutôt à la logique enseignée en faculté et aux pratiques encouragées par l’establishment médico-pharmaceutique… Si, de mon point de vue, la médecine se trompe lourdement, c’est beaucoup moins à cause des médecins qu’a cause de ce qui leur est enseigné. Et ce qui est symptomatique, c’est que les médecins qui veulent sortir des sentiers battus de ce qui leur a été enseigné (parce qu’ils font eux-mêmes le constat d’échec de leur médecine) sont considérés, pratiquement tous, comme des marginaux, des farfelus ou des charlatans par leurs ordres professionnels.

Dans la nébuleuse des approches parallèles, non seulement les approches ne sont pas équivalentes, mais en plus les cursus sont beaucoup plus diversifiés, même à l’intérieur d’une même discipline. Pour ne citer qu’un exemple, certaines écoles d’homéopathie exigent par exemple que leurs étudiants possèdent un diplôme reconnu (médecin, vétérinaire, dentiste, etc.) et suivent un cursus étalé sur plusieurs années qui est sanctionné par des examens et par un diplôme. D’autres écoles proposent au tout-venant quelques stages d’initiation à l’homéopathie et délivrent en fin de stage, une « attestation de participation » que la personne va accrocher fièrement au mur de son cabinet de consultation. Dans certains pays comme le Canada, il n’est même pas nécessaire d’être médecin pour pouvoir offrir des consultations en homéopathie. Dans de telles conditions, même si certaines médecines nous offrent beaucoup plus de garanties de sérieux et de pertinence (ce que nous verrons dans les prochains articles), il est absolument impératif de douter des thérapeutes « parallèles » avant même de douter des thérapies qu’ils prétendent exercer…

CINQ QUESTIONS À VOUS POSER POUR CHOISIR VOTRE THÉRAPEUTE « PARALLÈLE »

Pour vous aider à accomplir ce nécessaire discernement, je vous suggère de vous poser cinq questions précises (dans la suite de mon article, j’utiliserai le mot thérapeute au masculin pour ne pas alourdir le texte).

Première question : Quelle formation ce « thérapeute » a-t-il suivie ? Dans quelle(s) école(s) s’est-il formé ? Quelle était la durée totale de ses formations (en jours, en heures) ? Ses formations étaient-elles étalées dans le temps ? A-t-il dû faire des stages pratiques ? A-t-il été supervisé lors de ces stages ? Les formations étaient-elles sanctionnées par des examens théoriques et pratiques ? Rien que cette première série de questions devrait déjà vous permettre d’éliminer plus des trois-quarts des thérapeutes qui sévissent malheureusement dans notre monde, souvent en toute impunité. Et je ne crois pas exagérer lorsque j’affirme ceci.

Deuxième question : Quelle conception a-t-il de la maladie ? Il est crucial que vous vous posiez cette question, et que vous la lui posiez. En effet, j’ai constaté que, souvent, les praticiens parallèles n’étaient pas si parallèles que cela ! Car, même si les discours et les mots employés sont différents, beaucoup d’entre eux ont une conception strictement symptomatique et linéaire des maladies. Et à l’intérieur d’une même discipline, plus courte a été leur formation, moins leur conception de la maladie est éloignée de celle de la médecine conventionnelle. Autrement dit, il n’est pas rare de croiser des thérapeutes parallèles qui se concentrent en priorité sur la suppression des symptômes, sans essayer d’en comprendre le sens. Ou qui cherchent à l’extérieur la cause ayant déclenché la maladie. Nombreux d’entre eux n’ont jamais remis en question le paradigme pasteurien qui accuse les microbes de tous les maux ou le paradigme génétique qui rend les erreurs de codage responsables de nos maladies… Dans ces cas, la vision reste la même. Seuls les remèdes proposés changent. Avec la même inefficacité…

Troisième question : Continue-t-il à se former régulièrement ? Selon mes observations des pratiques médicales (tant conventionnelles que non conventionnelles), plus un praticien continue de se former, plus il acquiert une large culture générale à propos du corps et des processus de maladie et de guérison, plus son approche est pertinente et respectueuse de la personne qui vient le consulter. Autrement dit, c’est souvent leur étroitesse d’esprit ou de vision qui rend les praticiens de santé de toute discipline arrogants, inefficaces et dangereux. Dans ce domaine comme ailleurs, le savoir et la connaissance rendent les individus humbles et conscients de leurs limites…

Quatrième question : Incarne-t-il ce qu’il pratique ou ce qu’il prône ? Mon psychothérapeute est-il lui-même en thérapie ou en supervision ? Mon praticien énergéticien se soigne-t-il comme il me soigne ? Là aussi, selon moi, il s’agit d’une garantie à rechercher lorsqu’on choisit celui qui nous accompagnera pendant un certain temps… J’ai connu tellement de thérapeutes alternatifs qui se précipitaient sur la vaccination, l’antibiothérapie, l’hormonothérapie, la chimiothérapie dès qu’ils recevaient un diagnostic de maladie… Ce qui, pour moi, confirmait que leur vision de la santé n’était pas tellement différente de celle de la médecine conventionnelle…

Cinquième question : Comment mon thérapeute encourage-t-il chez moi mon autonomisation ? Car, dans leur essence, les grandes traditions séculaires ont toujours favorisé le réveil des forces d’autoguérison que nous portons en nous. Mon thérapeute s’inscrit-il dans cette conception de l’accompagnement ? Cherche-t-il à me responsabiliser ou me traite-t-il de la même manière que ne le font la plupart des médecins ? Développe-t-il une pédagogie pour que je devienne un partenaire de mon propre processus de guérison ?

Même si vous ne deviez pas lire les critiques épistémologiques que je formulerai à l’égard des médecines dites « parallèles » dans mes prochains articles, je pense que vous vous éviterez bien des errances, bien des surprises désagréables et bien des dépenses inutiles si vous apprenez à faire œuvre de discernement à l’égard de ceux qui se présentent à vous pour vous soulager. Alors que dans le domaine de la médecine classique, c’est de l’approche dont vous avez le plus à vous méfier, dans le domaine « alternatif », c’est sur les thérapeutes que devra se porter l’essentiel de votre discernement…

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4 Commentaires
  • soazig
    Publié le 15:58h, 11 avril Répondre

    Merci beaucoup pour cet article,
    Je partage votre avis, le thérapeute vers lequel on se tourne doit lui aussi, suivre et mettre en application ce qu il préconise..
    Merci pour votre bienveillance, je vous ai découvert depuis peu, en ayant regardeé vos vidéos de l academie de la vie en mouvement, et je suis fan! 🙂
    Bonne continuation à vous
    Amicalement
    Soazig

  • Brigitte
    Publié le 12:42h, 04 avril Répondre

    Bonjour Jean-Jacques
    Un article qui vient à point, au moment où je me pose de plus en plus de questions.
    Je vois un thérapeute et pour les questions 1, 3 et 4 je peux dire que oui il se forme régulièrement et est en accord avec sa pratique par contre la question 2 et 5 là c’est moi qui me questionne car en effet car je ne lui est jamais demandée, et concernant mon autonomisation, je ne ressens pas cette encouragement et me sens un peu seul, car après avoir lu vos articles je commence vraiment à douter du vraie et du faux par rapport à la médecine.
    Merci pour tous ces articles
    Brigitte V AVM3

  • Brigitte
    Publié le 12:20h, 04 avril Répondre

    Je me suis mal exprimer et je souhaite reformuler mon commentaire
    Brigitte AVM3

  • Brigitte
    Publié le 10:12h, 04 avril Répondre

    Bonjour Jean- Jacques
    Un article qui vient à point, au moment où je me pose de plus en plus de questions.
    Je vois un thérapeute et pour les 4 premières questions que je peux lui poser, la réponse est oui, par contre pour la question de mon autonomisation, là je vais lui demander à mon prochain RDV car je ne ressens pas cette encouragement et me sens un peu seul.
    Merci pour tous ces articles
    Brigitte V AVM3

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