Doute #10 : Le doute serait-il l’antidote du pouvoir thérapeutique ?

01 Mar Doute #10 : Le doute serait-il l’antidote du pouvoir thérapeutique ?

Neuf articles que je vous parle du doute ! Neuf articles que je vous encourage à cultiver l’art et la sagesse du doute systématique à l’égard de la médecine conventionnelle. Neuf articles que je vous présente les arguments qui plaident en faveur de cette démarche. À ce stade de notre cheminement, vous seriez en droit de vous demander si je ne prône le doute qu’à l’égard de la médecine officielle… Et vous auriez raison de « douter » de mon impartialité et de mon honnêteté intellectuelle. Les thérapies et les médecines dites parallèles, ou non conventionnelles, ou alternatives, ne méritent-elles pas, elles aussi, d’être soumises au redoutable crible du discernement et du doute ? À cette question, ma réponse est très claire. En tant qu’épistémologue, je considère qu’il est nécessaire de remettre en question avec autant de sévérité les pratiques alternatives. Car si la médecine conventionnelle pèche par trop de rationalisme, trop de réductionnisme et trop de scientisme, les approches alternatives pèchent souvent, quant à elles, par manque de rigueur, d’objectivité et de méthode… C’est ce que nous examinerons ensemble à partir du prochain article.

Le présent article est le donc le dixième que je consacre au doute. À cette occasion, je vous invite à prendre un peu de recul pour réfléchir avec moi à ce qui sous-tend la démarche du doute. Car, finalement, à quoi cela nous sert-il de douter, tant de la médecine conventionnelle que des approches non conventionnelles ? Quel en est l’intérêt ultime ? Quel en est l’enjeu fondamental ? Devons-nous douter juste par principe, parce que ça fait bien de critiquer ou de manifester un certain scepticisme ? Devons-nous remettre ces démarches en question pour nous démarquer du troupeau de ces moutons bêlants qui avalent tout ce qu’on leur dit sans réfléchir ? Qu’avons-nous à gagner à adopter cette posture qui va au-delà d’un simple jeu de l’esprit ?

LE DOUTE DANS LA RELATION DE POUVOIR « THÉRAPEUTE – PATIENT »

Pour répondre à ces questions, examinons plutôt ce que l’absence de doute permet. En tant que client de n’importe quelle approche médicale (conventionnelle ou non), ne pas douter de ce qui m’est dit, de ce qui m’est proposé, de ce qui m’est imposé ou de ce qui m’est fait, c’est remettre totalement mon pouvoir entre les mains des thérapeutes. Ne pas douter, c’est valider tacitement les postulats auxquels les médecins et les thérapeutes adhèrent, sans les confronter à d’autres visions et d’autres conceptions. Ne pas douter, c’est se faire complice de ces professionnels de santé qui considèrent leur savoir comme une vérité universelle, leurs diagnostics comme infaillibles et leurs pronostics comme inéluctables. Ne pas douter, c’est adopter la posture d’une personne ignorante, incompétente et impuissante pour conforter notre accompagnateur dans un rôle d’omniscience et d’omnipotence…

N’est-ce pas cela qui se joue, en fin de compte, lorsque nous acceptons sans broncher un diagnostic défavorable ? Et en la matière, les thérapeutes des deux bords peuvent faire autant de dégâts auprès de leurs clients. « Monsieur, vous avez trop de cholestérol et vous risquez de faire une crise cardiaque si vous ne prenez pas vos statines » : ne rien répondre à cela, ne pas le remettre en question, c’est reconnaître implicitement que notre médecin a raison, que son diagnostic est fiable et que la seule solution est d’adopter la médication prescrite ! En un instant, nous venons d’abandonner notre pouvoir au profit d’une démarche qui est loin d’être infaillible… « Madame, vos problèmes de santé viennent de ce que vous avez vécu dans une vie antérieure et ça continuera tant que vous n’aurez pas nettoyé vos chakras » : ne rien répondre à cela, c’est aussi abdiquer notre pouvoir au profit de quelqu’un qui affirme des choses que nous sommes incapables de vérifier par nous-même… Ici, nous plaçons le thérapeute dans la même position que ces prêtres qui agissaient comme intermédiaires exclusifs entre les dieux et le peuple… « Monsieur, si vous ne changez pas votre alimentation immédiatement, vous ne pourrez jamais guérir de cette maladie ! » Cette phrase paraît moins choquante que « Monsieur, si vous ne commencez pas votre chimiothérapie immédiatement, vous ne pourrez jamais guérir de cette maladie »… Pourtant, dans les deux cas, accueillir de telles sentences sans les remettre en question équivaudrait, une fois de plus, à nous départir complètement de notre pouvoir au profit de ceux qui les prononcent.

Or, nous l’avons déjà vu dans les numéros précédents, et nous le verrons encore dans les prochains numéros : la médecine n’est pas une science et ne le sera jamais, car la réalité de l’être humain est bien trop complexe pour être réduite à la démarche analytique – les diagnostics et les pronostics sont loin d’être infaillibles – les médecins et les thérapeutes sont des êtres humains conditionnés par leurs propres croyances et leurs propres limites – les postulats sont loin d’être des vérités universelles ! Donc, nous avons non seulement le droit, mais le devoir de douter de ce qu’on nous dit et de ce qu’on veut nous faire vivre… Et chaque fois que nous renonçons à ce pouvoir, nous renforçons chez nos interlocuteurs la conviction qu’ils sont tout-puissants, omniscients et infaillibles ! Si nous voulons bénéficier d’approches plus humaines, plus humbles, plus centrées sur la personne malade, c’est à nous d’exprimer, calmement mais fermement, nos questions, nos doutes et nos désaccords…

Finalement, lorsque nous osons exprimer ouvertement notre doute au professionnel de santé, nous le ramenons à ce qu’il est vraiment : un être humain dont nous acceptons les failles de sa compétence et de sa pratique et avec qui nous voulons établir une coopération d’égal à égal au service de notre équilibre, de notre santé et de notre guérison… Sans cela, nous restons complice du pouvoir qu’il prend sur notre corps, sur notre santé et sur notre vie. Et nous entretenons chez lui son sentiment de légitimité par rapport au pouvoir qu’il exerce !

LE DOUTE COMME MOYEN DE REPRENDRE SA SANTÉ EN MAIN

Mais au-delà de ce premier « bénéfice du doute », il existe un autre enjeu qui, selon moi, est encore plus fondamental : celui de reprendre le pouvoir sur notre propre vie et sur notre propre santé. Car lorsque nous remettons à sa place un thérapeute trop sûr de lui ou trop persuadé de sa légitimité, nous nous repositionnons au centre de notre processus de guérison, et ce, de deux manières complémentaires.

Tout d’abord, grâce au doute exprimé explicitement, nous relativisons le savoir et l’information véhiculés par le thérapeute avec qui nous sommes en contact. C’est un peu comme si nous disions à chaque thérapeute que nous consultons : « Merci pour votre point de vue, mais ce point de vue est loin d’être absolu. C’est une façon de voir, mais ce n’est pas la seule. Permettez-moi d’explorer d’autres hypothèses, d’autres approches, avant de prendre une décision… » En faisant cela, et en osant dire cela à chacun, nous agissons comme le maître d’œuvre d’un chantier de construction (ou de reconstruction) qui fait appel à différents corps de métier, à différents experts, mais qui décide souverainement avec qui il veut travailler et ce qu’il fait faire à chacun ! Beaucoup des personnes que je connais qui se sont guéries de maladies considérées comme incurables ont agi de la sorte. Elles ont pris en main la direction du chantier de « rénovation », elles ont fait appel à diverses compétences et elles ont mis en œuvre les complémentarités de chaque approche. Personne n’avait le pouvoir absolu. Et tout le monde collaborait à la réussite d’un projet dont la responsabilité finale incombait à la personne concernée, c’est-à-dire à la personne confrontée à la maladie…

Une deuxième façon d’être au centre de notre processus de guérison, c’est de douter du fait que quelqu’un d’extérieur puisse être à l’origine de notre rééquilibrage. Paradoxalement, douter de la puissance d’un traitement extérieur peut – dans certaines conditions, mais pas toutes – réveiller notre foi en nos capacités d’autoguérison. Car, finalement, tant les médecins que les thérapeutes alternatifs ne sont présents que pour favoriser ou stimuler notre propre pouvoir de transformation et de guérison. Et aucun d’entre eux ne devrait oublier que sans cette merveilleuse capacité que nous portons tous en nous, ses efforts seraient toujours voués aux échecs les plus cuisants.

En effet, que deviendrait le pouvoir du chirurgien si nous perdions notre simple faculté à cicatriser ? Que deviendrait le pouvoir de l’homéopathe si nous perdions notre capacité à réinformer nos cellules ? Que deviendrait le pouvoir du naturopathe si nous perdions notre aptitude à assimiler, à digérer et à métaboliser les nutriments ? Ces pouvoirs que nous attribuons à nos thérapeutes seraient instantanément réduits à néant ! Ces quelques exemples montrent à quel point il est capital que nous nous replacions au centre de notre vie… Car en fin de compte, c’est de notre vie, c’est de notre corps, c’est de notre santé dont il s’agit. Et personne ne devrait s’arroger le pouvoir de décider à notre place ce qui est bon pour nous. Dans cette perspective, douter de tout en matière thérapeutique est la condition sine qua non pour reprendre la responsabilité de notre propre santé et de notre propre vie !

Je vous invite fortement à méditer ces quelques réflexions que je vous ai partagées aujourd’hui. Et je vous donne rendez-vous au prochain numéro pour entamer courageusement la remise en question des pratiques alternatives ! D’ici là, prenez bien soin de votre vie !

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3 Commentaires
  • Stutz
    Publié le 03:20h, 30 mars Répondre

    Le 30/03/2015.
    Je viens de lire l’article de Jean-Jacques et j’adhère totalement à ce qu’il dit et écrit.
    J’espère du tout coeur qu’il y ait de plus en plus de personnes intéressantes et pleines de l’intelleigence du coeur et qui ait le courage et l’audace de dire ce qu’il pense au fond de lui.
    Un grand merci pour ces merveilleux propos.
    Quant à moi,depuis des années,je prends soin de moi et fais en sorte de ne pas tomber malade.A part quelques allergies que j’ai traitées, seule, en me laissant guider sur le choix des produits achetés en magasins diététiques .Actuellement,je suis guérie et n’ai plus du tout de quintes de toux et de bronchites asthmatiformes.
    Je travaille aussi sur mon moi profond en méditant et en respirant calmement….
    Je trouve magnifiques les propos de Kerstin Chavent et je la remercie pour son commentaire.
    chaleureusement.
    Annick Stutz

  • vanina
    Publié le 03:44h, 16 mars Répondre

    Bonjour,

    Je me permet de vous interroger sur la question fondamentale de « qui sommes nous si nous ne sommes pas instruits informés ou formés ?  » Je pense que nous avons perdu le « qui je suis » alors lorsque l’on est souffrant, malade, on se tourne automatiquement sur les personnes qui semblent être les plus instruits et les mieux formés, cela même qui se disent qu’ils sont capables de nous aider, comment faire confiance, comment se dire qu’il a raison, douter sans moyen sans connaissance sans information. Ou faut il commencer pour se connaitre soi meme ?

  • Kerstin Chavent
    Publié le 05:07h, 02 mars Répondre

    Bonjour,
    Je viens de découvrir votre blog et ne peux qu’affirmer et réaffirmer vos propos. En 2012, j’ai été diagnostiquée d’un cancer du sein. Tout en suivant un protocole classique, je me suis fait accompagner par des thérapies complémentaires. Mais il me manquait un troisième pilier pour guérir : ma propre contribution. Il est plus facile de se stabiliser sur trois pieds que sur deux ou un seul. J’avais besoin des traitements lourds (chimiothérapie, radiothérapie, intervention chirurgicale) pour réaliser à quel point j’avais des choses à régler dans ma vie. J’avais besoin des soins alternatifs pour entrer en contact avec moi-même avec douceur et bienveillance. Les deux approches m’ont permis de découvrir ce qui, pour moi, est essentiel pour guérir : la confiance en la vie.
    Depuis le début, j’ai senti que cette tumeur n’était pas venue pour me faire du mal. Je l’ai pris comme un messager : j’ai écouté le message qu’il portait avant de le laisser partir. J’ai compris que la médecine allopathique traite, la médecine alternative soigne, mais c’est le patient qui guérit. Se guérit. Dans ce processus, le doute et le questionnement sont mes compagnons de route. Comme vous le dites, l’équilibre doit s’ajuster à chaque instant de vie. De mon expérience est né mon premier livre qui vient de sortir chez Quintessence : La maladie guérit, de la pensée créatrice à la communication avec soi.
    Depuis ma maladie, je porte ce message : nous ne sommes pas victimes de ce qui nous arrive. Tout ce qui arrive a un sens. A nous de nous ouvrir et à prendre la responsabilité pour notre vie. Arrêter d’être des patients-consommateurs et commencer à mettre en question les méthodes de ceux qui nous traitent pour arriver à construire un vrai partenariat entre médecins et patients. J’en parle sur mon blog dans cet article : http://kerstinchavent.blogspot.fr/2015/02/medecins-et-patients-vers-un.html
    Je vous souhaite une bonne continuation.
    Chaleureusement,
    Kerstin Chavent

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