Alchimie #1 : Pourquoi l’alchimie me passionne depuis 30 ans ?

01 Jan Alchimie #1 : Pourquoi l’alchimie me passionne depuis 30 ans ?

Ma découverte de l’alchimie s’est faite par un enchaînement de circonstances très particulier. Nous sommes au début des années 1980. Rien dans mon univers familial ou dans mon cadre mental étroit de scientifique rationaliste ne me prédispose à m’aventurer vers les sombres rivages de l’ésotérisme et de l’occultisme… À cette période de ma vie, je suis un fervent catholique pratiquant doté d’un esprit scientifique à la saint Thomas.

Vous savez, celui qui ne croyait que ce qu’il voyait. Mon passage chez les « bons Pères Jésuites » m’avait rendu très méfiant à l’égard de ce mouvement naissant du New Age californien qui commençait à envahir la vieille Europe de ses techniques et de ses philosophies pour le moins étranges…

DE LA PSYCHANALYSE DES CONTES DE FÉES…

Malgré tout, je suis déjà passionné par tout ce qui a trait à l’humain. La psychologie, les relations humaines, les rêves, l’inconscient, tout cela me fascine sans que j’y comprenne grand chose. Mon premier contact avec la psychologie, c’est à Bruno Bettelheim que je le dois, à travers son livre « La psychanalyse des contes de fées ». Une porte s’entrouvre devant moi : ainsi donc, les contes de fées recèleraient des messages codés que seuls nos inconscients seraient capables de comprendre et d’intégrer pour évoluer et franchir les étapes de développement que nous avons à franchir !? Ouah !!! Quelle découverte. Je prends conscience à ce moment de la richesse de ces traditions orales qui se perdent dans la nuit des temps. En même temps, une question reste sans réponse pour moi. Qui a conçu le premier ces histoires ? À quelle tradition ces contes pour enfants se rattachent-ils ? Quel courant philosophique avait eu assez de génie pour coder, à la manière d’un rêve éveillé et dirigé, ce dont l’enfant avait besoin pour grandir psychiquement et franchir les différentes épreuves initiatiques nécessaires à sa croissance ?

Ces questions restent sans réponses pendant plusieurs années. Bettelheim, en bon psychanalyste freudien, ne m’avait pas apporté de réponse satisfaisante. Jusqu’à ce que je me perde dans une section inconnue de la bibliothèque universitaire où j’étais étudiant : celle où il était question d’interprétation de rêves. Je découvre un auteur que je ne connais pas : Étienne Perrot. Cet homme a animé pendant plusieurs années une émission hebdomadaire sur une grande chaîne de radio, au cours de laquelle il se livrait à l’interprétation d’un rêve envoyé par un auditeur pendant la semaine. Et son livre, « Les rêves et la vie », reprend la transcription des meilleurs moments de cette aventure radiophonique. Passionnant ! Curieux de nature, et séduit par ce que je viens de lire, je trouve dans la bibliographie des livres étudiant la symbolique des contes de fées et rédigés par une certaine Marie-Louise von Franz. Cette fois, je découvre une vision beaucoup plus large que celle étriquée des Freudiens. Je découvre un univers certes rationnel, mais qui reconnaît l’expérience spirituelle comme une manifestation authentique de notre dimension transcendante. Là où Freud réduisait toute expérience mystique à un simple épiphénomène issu des pulsions de vie (Eros) et de mort (Thanatos), je trouve ici un univers où les grands symboles religieux et les expériences d’extase sont reconnus en tant que phénomènes à part entière.

…À L’ALCHIMIE PSYCHOLOGIQUE ! 

Ce que je ne sais pas encore, c’est que le point commun de ces deux auteurs (Perrot et von Franz), c’est un immense personnage, un des plus grands penseurs du vingtième siècle, un explorateur courageux de la psyché humaine et de ses profondeurs : Carl Gustav Jung. Je veux en savoir plus sur son œuvre, immense, mais par où commencer ? À l’intuition, je me jette dans son autobiographie, rédigée deux ans avant sa mort : « Ma vie ». Bouleversant. Depuis, j’ai relu cette biographie cinq fois, plus d’autres biographies rédigées par d’autres. Et à chaque fois, je découvre de nouveaux pans d’une vie d’une richesse incroyable. C’est en lisant la vie de C.G. Jung que je lis, pour la première fois, une approche originale de l’alchimie. Pour le père de la psychologie analytique, l’alchimie est ce qui permet de faire le pont entre notre psychisme ordinaire (ce que Freud appelle le « Moi ») et notre dimension spirituelle (ce que Jung nomme le « Soi » ou la « Supraconscience »).

L’hypothèse de Jung, c’est que l’alchimie opérative — celle qui permet de transmuter les métaux vils en or — ne pouvait fonctionner et réussir que si l’alchimiste lui-même se transformait intérieurement. Comme si le processus alchimique extérieur n’était, en somme, que le reflet du processus intérieur vécu par l’alchimiste tout au long de sa quête… Comme le rappelait si bien Hermès Trismégiste, dans sa table d’émeraude : « Tout ce qui est en haut est comme tout ce qui est en bas… » Donc, pour accomplir le Grand Œuvre, pour fabriquer la Pierre philosophale, il fallait impérativement que l’alchimiste réalise le Grand Œuvre sur le plan psychique et spirituel. D’ailleurs, le lieu de toutes ces transformations ne s’appelle-t-il pas le laboratoire, contraction de deux termes issus du latin, labor et orare ? Le laboratoire alchimique est donc un lieu où non seulement, on travaille (labeur), mais où l’on prie également (oratoire).

Lorsque je lis pour la première fois les réflexions de Jung par rapport à l’alchimie, dans sa dimension psychologique et spirituelle, tout se met à vibrer à l’intérieur de moi. Comme si quelque chose se réveillait à l’intérieur de moi, ou plus précisément, comme si quelque chose se souvenait à l’intérieur de moi. En lisant Jung, toute mon âme exulte de joie. Je retrouve ma maison, je reviens chez moi. Je ne sais pas comment, mais je SAIS ce qu’est l’alchimie. Et cette certitude absolue ne m’a plus jamais quitté. Une fois reconnecté à cette fontaine de jouvence, je n’éprouve plus le besoin d’être relié à une communauté religieuse comme l’Église. Je sais, à partir de là, que mon chemin spirituel sera une voie solitaire, un sentier qui se construit pas après pas, sans suivre les traces de qui que ce soit.

LA VOIE DE L’INDIVIDUATION

Trente ans plus tard, c’est toujours ce chemin que je suis. Malgré l’engouement et l’enthousiasme de beaucoup de mes amis pour les philosophies orientales et pour les maîtres indiens, tibétains ou chinois, je sais que ma voie est celle de l’alchimie. Ceux qui ont lu mon dernier livre (« Prenez soin de vous, n’attendez pas que les autres le fassent ! »), ceux qui ont participé à mes ateliers thérapeutiques et à mes séminaires professionnels le savent : l’alchimie est pour moi une voie de réalisation, ce que C.G. Jung appelle un chemin d’individuation, c’est-à-dire un chemin qui vise le centre de notre être, ce centre capable de réunir, de réunifier tout ce qui avait été épars dans notre vie. Pour Jung, l’individu, c’est un être indivisé, c’est celui qui a réussi à rassembler toutes les parties éclatées de sa personnalité, les bonnes comme les mauvaises, les lumineuses comme les ombrageuses… Le but de l’alchimie psychologique n’étant pas d’arriver à la perfection, mais à la plénitude, à la complétude !

Depuis le début du mois de mars 2011, j’ai osé franchir un pas que j’hésitais à franchir depuis des années. Celui de vous parler d’alchimie. Celui d’écrire à propos d’alchimie. Celui de vous faire vivre des processus alchimiques. Je n’étais vraiment pas convaincu de la réponse qui me serait apportée lorsque je proposai un premier atelier d’alchimie à Bruxelles, annoncé trois semaines avant sa tenue en mars, et en pleine semaine de surcroît ! Trente personnes se sont inscrites en quinze jours. Et ce fut l’atelier le plus puissant qui m’ait été donné d’animer en 22 ans de carrière. Lorsque, en avril, j’ai proposé une première conférence sur les ondes de Conversation Papillon, j’ignorais qu’en une semaine, plus de quinze mille personnes répondraient au rendez-vous pour visionner « Mettre l’alchimie au cœur de notre vie ». Et lorsque j’ai proposé une série de sept mini-ateliers de deux heures, « l’alchimie au quotidien », toujours sur les ondes de Conversation Papillon, je ne savais pas à quel point ils seraient appréciés par ceux qui les suivent.

Petit à petit, je comprends pourquoi ce thème de l’alchimie trouve une telle résonance chez beaucoup. C’est parce que cette démarche véhicule des archétypes très puissants, inscrits en nous depuis la nuit des temps. Ce sont ces mêmes archétypes que l’on retrouve dans les contes de fées, dissimulés à l’intérieur de récits en apparence anodins, mais que nos inconscients sont capables de reconnaître. Mais surtout, ce que je trouve puissant dans la démarche alchimique, c’est qu’elle apporte une réponse concrète au monde occidental qui a perdu ses repères. Cette réponse, c’est comment incarner notre spiritualité dans notre vie quotidienne, sans vivre comme des désincarnés (ou des non-incarnés), sans vivre comme des schizophrènes (ma religion et ma pratique spirituelle d’un côté, ma vie et mon travail de l’autre).

SORTIR DU CARCAN DU DÉVELOPPEMENT PERSONNEL

Mais ça va plus loin. L’alchimie nous permet de sortir de l’impasse dans laquelle le développement personnel nous a précipités. Car, si on y réfléchit bien, le développement personnel a repris la place que tenaient les Églises dans nos vies auparavant. Comme dans nos religions d’antan, les formateurs et les conférenciers, spécialistes du bien-être, entretiennent chez nous la croyance que nous ne sommes pas corrects (en langage religieux, ça s’appelle être pécheurs) et que nous allons devoir nous changer, nous purifier, nous améliorer, pour devenir meilleurs, plus vertueux, plus maîtres de notre vie. Une fois de plus, on retombe dans cette dualité du Bien et du Mal qui a fait les choux gras des Églises pendant de nombreux siècles. Tant que nous pensons qu’il y a quelque chose de mal en nous que nous devons chasser, transformer, éliminer, nous continuons à être prisonniers d’un processus sans fin qui consiste à nous doter d’outils de plus en plus puissants et sophistiqués pour terrasser le Mal en nous. Et nous ne nous rendons pas compte que plus nous luttons contre le côté obscur de la Force, plus nous le renforçons. Et plus nous avons besoin de nouveaux séminaires pour acquérir les outils qui nous rendront, on l’espère, définitivement victorieux… En cela, le développement personnel porte bien son nom : il s’agit dans cette approche de développer notre Persona, notre personnage, celui qui, chez nous, porte le masque.

Dans la démarche alchimique, nous sommes dans un tout autre univers. Comme l’a montré magistralement le roman de Paulo Coehlo, « l’alchimiste », c’est un voyage qui nous ramène au point de départ de notre quête, mais plus au centre. C’est un voyage que nous ne pouvons accomplir qu’en acceptant d’être de moins en moins armé, de moins en moins outillé. Accepter de tout perdre, à commencer par nos certitudes, nos repères et nos habitudes. Mais surtout, entrer dans une dimension où il n’y a plus, ni bien, ni mal, mais simplement un chemin où chaque pas nous rapproche du seul but qui importe : le divin en nous, unifié avec toutes les parties de notre être. C’est un chemin solitaire, exigeant, où plus on avance, moins les repères se manifestent et moins le mental n’est capable de se raccrocher à ce qu’il connaît. Un chemin où l’on se dépouille de tous les faux semblants, de tous les vêtements sociaux que l’on a interposés entre nous-mêmes et notre centre. Un chemin où l’on se présente nu sous le regard de la Vie, sans arme et sans défense, mais avec la foi que quelque chose de plus grand que nous guide notre vie, à travers les rêves, les signes et les synchronicités.

Pourquoi je vous raconte tout cela ? Tout simplement parce que quelque chose en moi me pousse à poursuivre ce chemin. Pour moi, avant tout. Mais depuis plusieurs mois, au travers des expériences encourageantes vécues depuis début mars, j’ai envie de vous ouvrir la porte de cet univers. J’ai envie de vous encourager à vous engager résolument dans la voie de la réalisation individuelle, loin des prisons rutilantes du développement personnel. J’ai envie d’accompagner vos premiers pas, de vous donner le goût d’aller plus loin, une fois que vous aurez surmonté vos appréhensions.

C’est la raison pour laquelle j’ai intégré dans le programme de l’Académie de la Vie en Mouvement la démarche alchimique comme fil conducteur du programme « Je prends soin de ma vie ». Au sein de l’Académie de la Vie Consciente, vous trouverez aussi un programme complet intitulé « Transformer nos ombres en lumière ». Je vous en souhaite une belle découverte !

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2 Commentaires
  • Ariaga
    Publié le 03:34h, 28 octobre Répondre

    Au hasard d’une recherche, je suis arrivée sur votre blog. Quand on a consacré des années de sa vie à C.G.Jung c’est une joie de l’esprit de trouver des êtres qui ont le même genre de préoccupations. Je reviendrai …

  • Mélinda
    Publié le 18:15h, 16 février Répondre

    C’est pour moi une très récente découverte, J-J. Crèvecœur . Quand je dis récente, c’est une découverte d’il y a quelques semaines au travers d’amis chers… Il y a une résonance en moi sur beaucoup de thèmes, notamment l’unification , là où la science rejoint la spiritualité. Mais surtout, surtout, la résonance est très forte dans mon chemin de vie quant à la notion du sombre… De cette part qui habite, je crois, chacun de nous, cette part qu’on aimerait faire disparaître, effacer … Cette part d’ombre contre laquelle, nous n’avons de cesse de lutter et qui pourtant fait partie prenante de nous. Cette part d’ombre sans laquelle nous ne pourrions avancer…. Comment serait la joie, s’il n’existait de tristesse ? Comment serait le jour s’il n’y avait pas de nuit ? Cette part d’ombre et de lumière, je me souviens l’avoir vécu très fort dans ma vie d’adolescente, puis petit à petit, je me suis conformée à une certaine bien séance sociétale. C’est sans doute grâce à la partie sombre en moi que je continue d’avoir envie d’avancer. C’est le yin et le yang de la philosophie taoïste, il n’y a pas de notion de bien ou de mal, l’ombre et la lumière se nourrissent mutuellement, ils sont interdépendant, l’un ne peut exister sans l’autre. L’ombre (le yin, la matière, le corps…) est le support qui permet à la lumière (le yang, l’esprit, l’essence,…) de se manifester…

    « Ce soir, dans la nuit froide, je n’ai pas vu les étoiles.
    Elles semblaient trop loin, perdues dans l’immensité d’un désert noir. Si loin qu’on aurait dit qu’elles avaient peur de s’approcher, peur d’être étouffées par la glace. La lune, elle-même, ne montrait qu’un croissant chaud de ses rondeurs. De l’autre côté, du côté que je ne voyais pas, elle se dorait la pilule au soleil et, jalousement, elle ne me donnait qu’un imperceptible rayon de toute la chaleur qu’elle recevait.

    Alors, j’ai marché, j’ai marché dans la nuit noire et glacée. J’ai traversé des rues tristes et figées. Mes pas résonnaient dans ces couloirs gelés et ce bruit sinistre me suivait comme une ombre de mort

    Mais soudain, j’ai entendu une musique douce et légère qui elle aussi me suivait. D’où pouvait-elle bien venir? Elle était si légère, légère que mes pieds ne touchaient plus terre.

    Je marchais sur une mer sombre et transparente. L’écho lourd de mes pas s’est transformé en un éclaboussement d’eau qui s’éparpillait autour de moi comme une auréole d’argent sur le bleu profond de la mer.

    Envoûtée, j’ai jeté mes habits et je me suis étendue nue sur les flots indigos qui caressèrent délicatement mon corps. D’où venait, donc, cette mélodie enivrante?

    Alors, j’ai fermé les yeux pour mieux entendre. Et de mon cœur, j’ai senti s’échapper la source claire de cette mélodie. »

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